Interview. Running au féminin, les conseils clés de Suzanne Cariant
Entraîneuse certifiée dans un club d’athlétisme de la région lyonnaise et créatrice de contenus sur les réseaux sociaux à destination des coureurs, Suzanne Cariant sort Running au féminin, un livre de conseils pratiques à destination de toutes les femmes qui souhaitent se mettre à la course à pied ou poursuivre leur pratique, qu’importe les étapes de leur vie. Interview.
Suzanne, on te connaît sur les réseaux sociaux et grâce à ta chronique que tu publies chaque mois dans notre magazine. Peux-tu nous raconter ton parcours ?
Je suis entraîneuse running certifiée par la FFA, mais avant cela, j’étais assistante sociale. Je n’étais pas du tout sportive avant l’âge de 30 ans. C’est à ce moment-là que je me suis mise à courir et que je me suis passionnée pour ce sport. J’ai ensuite entamé une reconversion professionnelle, au départ simplement pour donner un coup de main au sein d’un club d’athlétisme. Depuis plusieurs années, j’ai suivi tout un processus de formation en passant plusieurs diplômes, ce qui m’a permis de balayer de nombreux secteurs de l’univers du running.
Qu’est-ce qui t’a poussée à écrire ce livre destiné aux femmes ?
Ce livre est né au cours de ma deuxième grossesse, une période durant laquelle je souhaitais continuer à pratiquer une activité sportive. Je me suis alors aperçue qu’il me manquait beaucoup d’informations. En tant que coach, j’ai pu tester et réfléchir à certaines solutions, mais de nombreuses réponses me faisaient encore défaut. Je me suis donc dit qu’il serait intéressant d’adresser un message aux femmes pour leur dire que, peu importe la phase de leur vie, le mouvement est la clé. Cela fait écho à mon histoire personnelle : je ne suis pas née dans l’univers de l’athlétisme, mais aujourd’hui, j’ai fait le choix de vivre de la course à pied.
Constates-tu encore de nombreux freins qui empêchent les femmes de courir ?
Je n’ai pas pour objectif de tenir un discours féministe, mais je pense qu’en effet, il existe encore certaines difficultés spécifiques que rencontrent les femmes. J’en identifie trois principales.
La première est liée à la charge mentale et à la culpabilité qui l’accompagne. Beaucoup de femmes ne s’autorisent à se consacrer à la course à pied qu’après avoir pensé à tout le monde : les enfants, la famille, etc. ce qui souligne la difficulté, pour certaines, de prendre du temps pour elles. Le deuxième frein est le manque de modèles. Certaines n’osent pas aller sur une piste ou débuter la course à pied, car elles estiment tout simplement que ce n’est pas fait pour elles. Comme si l’on ne pouvait se mettre à courir que si l’on était une athlète de haut niveau. Or, peu importe le rythme : le mouvement est universel. Enfin, il y a la question du rapport au corps et du regard des autres. Beaucoup de femmes se disent qu’elles n’ont pas le « physique » pour la course à pied, comme si ce sport possédait un « physique » prédéfini.
Inciter les femmes à courir, est-ce un combat qui t’est cher ?
Ce n’est pas un combat au sens où je ne me bats pas contre quelqu’un. Je souhaite surtout adresser un message à toutes les femmes pour les inciter à prendre confiance en elles et à croire en leur potentiel. Je veux qu’elles se disent que tout est possible, à toutes les périodes de leur vie et quels que soient leurs objectifs. Elles peuvent y arriver en adaptant leur entraînement.
Cycles menstruels, grossesses, post-partum, ménopause : tu évoques dans ton livre toutes ces étapes de la vie d’une femme qui impliquent une prise en compte particulière de l’entraînement.
Il ne s’agit pas de dire que l’on va entraîner une femme différemment d’un homme. Une femme peut tout à fait s’entraîner de la même manière. C’est l’approche qui change. Cette approche prend en compte les particularités propres aux femmes. On n’entraîne pas, par exemple, une femme qui revient d’une grossesse comme une femme qui court depuis dix ans et n’a jamais eu d’enfant. C’est la même chose pour la ménopause. L’idée n’est pas de modifier le cœur de l’entraînement, mais simplement de prendre en considération ces particularités pour qu’elles ne deviennent plus un frein, mais une force.
Tu donnes également des clés pour permettre aux femmes de mieux comprendre ces étapes de la vie.
Par exemple, certaines femmes pensent que les règles vont les empêcher de s’entraîner ou de s’aligner en compétition, alors que ce n’est pas forcément le cas. Chaque femme fonctionne différemment. L’important, c’est de comprendre. Quand on se sent moins bien physiquement ou moins motivée, on peut très vite se dire : « je n’y arrive pas », « ce n’est pas pour moi », alors que c’est peut-être simplement lié à une phase spécifique du cycle menstruel. À l’inverse, certaines phases peuvent nous rendre plus dynamiques.
Tu expliques aussi que l’activité physique peut aider à mieux traverser ces phases de la vie.
Pour moi, le mouvement est la réponse. Le mouvement physique génère le mouvement mental. On part de chez soi sans réponse et on revient avec plein d’idées. Quelle que soit la phase de sa vie, le mouvement ne peut être que bénéfique, tant qu’il est adapté à ce que l’on traverse.
Tu insistes aussi sur le fait que si le mouvement n’est pas interdit, il n’est pas obligatoire non plus.
En effet. Une femme a aussi le droit de ne pas avoir envie de courir pendant sa grossesse, par exemple. Cela ne doit pas générer, à l’inverse, un sentiment de culpabilité. L’idée est de dire que tout est possible, à partir du moment où l’on s’écoute.
Finalement, estimes-tu que toutes ces périodes spécifiques rendent les femmes plus fortes ?
Oui, je pense que d’un point de vue mental, les femmes sont plus endurantes. Dès le plus jeune âge, nous sommes confrontées aux hormones qui agissent sur notre corps, ce qui demande de la patience et une capacité à s’écouter. Tout au long de leur vie, les femmes montrent qu’elles sont capables d’endurer.

Running au féminin, de Suzanne Cariant, Edition Larousse, 192p., 16.99€
@Larousse – Valéria Quinci


